Archive pour la catégorie 'Politique'

Alexandre Adler: Histoire du négationnisme en Iran

Lundi 11 décembre 2006

Excellent billet d’Alexandre Adler sur France Culture.

Histoire du négationnisme en Iran (mp3).
La chronique d’Alexandre Adler.

Voir aussi cet article dans le New-York Times.

“Depicting Jews as the overwhelming victims of the Holocaust gave the moral high ground to the Allies as victors of the war, and allowed Jews to establish a state on the occupied land of Palestine,” Mr. Duke’s paper says, according to the summary.

One of the first scheduled speakers, Robert Faurisson of France, also called the Holocaust a myth created to justify the occupation of Palestine.

Voici un beau sophisme. S’il est vrai que l’horreur du génocide juif fait partie des raisons que l’on peut donner à la légitimisation de l’établissement de l’État d’Israël en Palestine, la déclaration Balfour date de 1917.

Nazila Fathi, Holocaust Deniers and Skeptics Gather in Iran, nytimes.com

Alain Gresh: « Israël-Palestine, vérités sur un conflit »

Mardi 5 décembre 2006

Excellent résumé d’un conflit sans fin.

Alain Gresh, Carnet du Diplo, Judaïsme, sionisme et fantasmes (III), octobre 2006

Deux extraits me frappent particulièrement.

Cette alliance [entre Londres et les sionistes] est servie par ce que j’appellerai les « affinités culturelles ». Je prends un exemple. À la suite des violentes émeutes qui éclatent en Palestine en 1929, de nombreux responsables britanniques, sur place ou en Grande-Bretagne, furent convaincus de la nécessité d’un infléchissement de cap, par la restriction de l’immigration et de l’achat des terres. Le ministère des colonies prépare un livre blanc reprenant ces propositions en octobre 1930. Mais Weizmann fait agir toutes ses relations, Ben Gourion s’en va voir le chef du gouvernement britannique, et il obtient une garantie de la liberté d’immigration et d’achat de terres, qualifiée de « lettre noire » par les Arabes. Le premier ministre britannique discuta même avec le numéro un sioniste le moyen de privilégier les juifs dans les arrangements, au détriment du principe de la parité (traitement égalitaire des juifs et des Arabes) affirmé publiquement. Cet éclatant succès, le mouvement le doit à son entregent, à ses contacts politiques, à sa connaissance du système politique britannique. Les sionistes ont plus de chance de se faire entendre que les représentants arabes ou palestiniens, dont la culture, les traditions, le mode même de négociation, sont étrangers aux Européens. Les sionistes sont des Occidentaux qui parlent à des Occidentaux. Cet atout, ils en useront à chaque étape du conflit.

C’est justement ce que montre Rashid Khalidi lors de son entretien avec Tom Ashbrook (On Point, NPR) en octobre 2006 à propos de la parution de son dernier livre (The Iron Cage: The Story of the Palestinian Struggle for Statehood, Beacon Press, 2006). Cette émission en baladodiffusion, qui réunit aussi des historiens israéliens de la tendance « New History » est un solide débat sur les raisons qui font qu’à ce jour les Palestiniens ne possèdent toujours pas un état. Rashid Khalidi se concentre sur la période précédant la création de l’État d’Israël, et montre que loin d’être uniquement des victimes, les Palestiniens ont souvent commis de grossières erreurs d’appréciation politique au contraire des sionistes qui ont su mettre de l’avant un ensemble de contacts et de perspective les avantageant. Évidemment, M. Khalidi replace aussi l’histoire palestinienne dans le contexte du mandat britannique qui favorise les sionistes au détriment des Palestiniens. Il reste que pour Khalidi, considérer les Palestiniens uniquement comme victimes est une insulte pour ces derniers, et il replace ceux-ci comme sujets historiques ayant une maîtrise sur leur destin.

On Point, The New Palestinian Narrative, octobre 2006.

L’autre extrait est le suivant. Il y aurait une belle discussion à tenir pour savoir si Israël est un état qui, dans les faits, est un état de l’apartheid. À mon avis, il faudrait définir ce que l’on entend par ce dernier terme, car celui-ci est tellement galvaudé (ne parle-t’on pas de Cuba comme d’un « apartheid touristique » ?). Mais on ne peut pas ne pas être sensible à ce que connote ce terme quand on voit toute cette idéologie de la « séparation » prônée par une partie de la société israélienne et le sort réservé aux Palestiniens par cette même société.

Israël, pour reprendre l’expression de Maxime Rodinson est « un fait colonial ». Comme l’Australie ou les États-Unis, le pays est né d’une conquête, de l’expropriation des autochtones. En revanche, il n’est pas, contrairement à l’Afrique du Sud de l’apartheid, « une société coloniale », une société qui a besoin des « indigènes » pour survivre. D’autre part, même s’il a été bâti sur une injustice, Israël est désormais un État reconnu par la communauté internationale, par les Nations unies. Penser, comme l’ont fait, et continuent de le faire, certains, que l’on peut « expulser » les Israéliens, les renvoyer « chez eux », n’est ni moralement défendable ni politiquement réaliste. Une injustice ne peut être réparée par une autre injustice. Vivent désormais en Terre sainte deux peuples, l’un israélien, l’autre palestinien. On peut rêver, comme le font quelques intellectuels palestiniens et israéliens, qu’un seul État pourrait les regrouper ; c’est une belle utopie, que notre génération ne verra pas. Et, quoiqu’il en soit, aucune solution unilatérale ne pourra être imposée, ni aux Palestiniens, ni aux Israéliens.

Sur le rapport d’Israël avec l’apartheid et aussi ses liens avec l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid, voir l’excellente série de Chris McGreal dans The Guardian.

For Seidemann, the crucial issue is not how the apartheid system worked but how it began to disintegrate. « It unravelled because it couldn’t be done. Apartheid drained so much energy from South African society that this was one of the compelling reasons beyond the economic sanctions and pressures that convinced De Klerk that this was not sustainable. This is what is coming to Israel. »

Or perhaps the conflict will evolve into something worse; something that will produce parallels even more shocking than that with apartheid.

Arnon Soffer has spent years advising the government on the « demographic threat » posed by the Arabs. The Haifa university geographer paints a bleak vision of how he sees the Gaza strip a generation after Israel’s withdrawal.

« When 2.5 million people live in a closed-off Gaza, it’s going to be a human catastrophe. Those people will become even bigger animals than they are today, with the aid of an insane fundamentalist Islam. The pressure at the border will be awful. It’s going to be a terrible war. So, if we want to remain alive, we will have to kill and kill and kill. All day, every day, » he told the Jerusalem Post.

« If we don’t kill, we will cease to exist. The only thing that concerns me is how to ensure that the boys and men who are going to have to do the killing will be able to return home to their families and be normal human beings. »

Chris McGreal, Worlds Apart, The Guardian, février 2006

Le plan B: Stéphane Dion

Dimanche 3 décembre 2006

Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Cela me stupéfie que les délégués du parti Libéral du Canada ont préféré à Michael Ignatieff Stéphane Dion. Il est évident que M. Dion n’est pas un imbécile. Mais c’est un homme rigide, gardien de l’orthodoxie constitutionnelle, qui ne fera aucune ouverture au Québec. En plus, il est détesté au Québec. On dirait que le calcul des délégués a été de barrer la route à Ignatieff parce qu’il avait fait preuve d’un minimum d’ouverture au Québec. Dion, c’est l’homme du plan B, c’est l’homme politique qui pense que si le Québec peut se séparer du Canada, on peut faire du Québec un salami, et faire la partition du Québec en en gardant quelques tranches dans le giron fédéral. C’est l’homme qui fait croire aux anglophones du West Island qu’ils demeureront au sein du Canada si jamais le Québec devient indépendant.

D’un autre côté, c’est probablement un cadeau du ciel pour le Bloc et le PQ. Malheureusement, cela implique qu’on risque de subir encore Harper pour quelques années. Michel C. Auger veut donner la chance au coureur, mais à mon avis, je ne vois pas M. Dion évoluer au plan constitutionnel s’il a des positions qui sont encore plus centralisatrices que la majorité des fédéralistes québécois. Enfin, le seul point positif, est qu’on risque de parler de plus en plus d’environnement. Mais n’oublions pas que le plan vert de M. Dion n’a pas fait l’unanimité chez les écologistes parce que considéré comme trop tiède. L’un dans l’autre, j’ai l’impression que M. Dion ne doit son élection qu’à la faveur d’une conjoncture où le Canada anglais continue de se mettre la tête dans le sable et considère acceptable que la minorité la plus importante au Canada n’est toujours pas signataire de la constitution de 1982.

Nation québécoise: le courage de Michael Chong

Mardi 28 novembre 2006

Saluons le courage de l’ex-ministre des Affaires intergouvernementales, Michael Chong qui a démissionné pour la raison suivante:

Pour moi, reconnaître les Québécois comme une nation, même à l’intérieur d’un Canada uni, implique la reconnaissance d’un nationalisme ethnique que je ne peux appuyer, a-t-il déclaré. Une telle reconnaissance ne peut être interprétée comme impliquant un nationalisme territorial parce qu’elle ne se réfère pas à une entité géographique, mais plutôt à un groupe de personnes
Le Devoir, 28 Novembre 2006

Déjà, Lysiane Gagnon avait mis le doigt dessus en fin de semaine dans La Presse. Je crois qu’elle a été la première à poser la question en ces termes.

Quand les anglophones parlent des francophones de vieille souche, ils utilisent le mot « Québécois » plutôt que « Quebecker ». Ce dernier mot est réservé aux questions d’ordre institutionnel: les « Quebeckers » ont en commun la carte de l’assurance maladie, le permis de conduire, le droit de vote au provincial, etc. Mais quand un anglophone veut désigner un Canadien français, il utilise le mot français.

Même chez les francophones de vieille souche, le mot « Québécois » est devenu, dans la langue populaire, synonyme de « Canadien français ».

On dira, par exemple: « Dans ma classe, il y a autant d’Arabes et de Haïtiens que de Québécois. » Ou alors, parlant d’un Juif pourtant né au Québec: « Il a épousé une Québécoise. » Souvenez-vous de René Lévesque, alors qu’il annonçait la nomination de Robert Boyd à la tête d’Hydro-Québec: avec un clin d’oeil, il soulignait que M. Boyd était « un bon Québécois » (sous-entendu: malgré son patronyme écossais).
La Presse, 25 novembre 2006

On pourra blâmer un certain discours au Québec qui fait qu’on utilise, à tort à mon avis, une série d’étiquettes pour diviser « en plus Québécois » (Québécois de souche) et en « moins Québécois » (Néo-Québécois, Québécois allophone, etc.) tous ceux qui en bout de ligne sont des « Québécois » qui se valent autant les uns que les autres. Je crois que l’ensemble de la société québécoise est responsable de ce discours pernicieux. D’autant plus qu’on ne sait même pas ce que certaines de ces étiquettes veulent dire. Cela prend combien de temps à un « Néo-Québécois » pour devenir une « vieille souche » ? On est une « vieille souche » si on fait remonter nos ancêtres à la Nouvelle-France ? Après c’est trop tard ?

L’un dans l’autre, la motion approuvée hier par tous les partis me semble une régression qui enferme la nation québécoise dans une définition ethnique des Québécois. Il faudra aux souverainistes un peu plus de sens critique et obliger les autres partis à définir ce qu’ils entendent. Selon moi, ils devraient commencer par féliciter Michael Chong pour son honnêteté.