Archive pour la catégorie 'Politique'

Le plan B: Stéphane Dion

Dimanche 3 décembre 2006

Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Cela me stupéfie que les délégués du parti Libéral du Canada ont préféré à Michael Ignatieff Stéphane Dion. Il est évident que M. Dion n’est pas un imbécile. Mais c’est un homme rigide, gardien de l’orthodoxie constitutionnelle, qui ne fera aucune ouverture au Québec. En plus, il est détesté au Québec. On dirait que le calcul des délégués a été de barrer la route à Ignatieff parce qu’il avait fait preuve d’un minimum d’ouverture au Québec. Dion, c’est l’homme du plan B, c’est l’homme politique qui pense que si le Québec peut se séparer du Canada, on peut faire du Québec un salami, et faire la partition du Québec en en gardant quelques tranches dans le giron fédéral. C’est l’homme qui fait croire aux anglophones du West Island qu’ils demeureront au sein du Canada si jamais le Québec devient indépendant.

D’un autre côté, c’est probablement un cadeau du ciel pour le Bloc et le PQ. Malheureusement, cela implique qu’on risque de subir encore Harper pour quelques années. Michel C. Auger veut donner la chance au coureur, mais à mon avis, je ne vois pas M. Dion évoluer au plan constitutionnel s’il a des positions qui sont encore plus centralisatrices que la majorité des fédéralistes québécois. Enfin, le seul point positif, est qu’on risque de parler de plus en plus d’environnement. Mais n’oublions pas que le plan vert de M. Dion n’a pas fait l’unanimité chez les écologistes parce que considéré comme trop tiède. L’un dans l’autre, j’ai l’impression que M. Dion ne doit son élection qu’à la faveur d’une conjoncture où le Canada anglais continue de se mettre la tête dans le sable et considère acceptable que la minorité la plus importante au Canada n’est toujours pas signataire de la constitution de 1982.

Nation québécoise: le courage de Michael Chong

Mardi 28 novembre 2006

Saluons le courage de l’ex-ministre des Affaires intergouvernementales, Michael Chong qui a démissionné pour la raison suivante:

Pour moi, reconnaître les Québécois comme une nation, même à l’intérieur d’un Canada uni, implique la reconnaissance d’un nationalisme ethnique que je ne peux appuyer, a-t-il déclaré. Une telle reconnaissance ne peut être interprétée comme impliquant un nationalisme territorial parce qu’elle ne se réfère pas à une entité géographique, mais plutôt à un groupe de personnes
Le Devoir, 28 Novembre 2006

Déjà, Lysiane Gagnon avait mis le doigt dessus en fin de semaine dans La Presse. Je crois qu’elle a été la première à poser la question en ces termes.

Quand les anglophones parlent des francophones de vieille souche, ils utilisent le mot “Québécois” plutôt que “Quebecker”. Ce dernier mot est réservé aux questions d’ordre institutionnel: les “Quebeckers” ont en commun la carte de l’assurance maladie, le permis de conduire, le droit de vote au provincial, etc. Mais quand un anglophone veut désigner un Canadien français, il utilise le mot français.

Même chez les francophones de vieille souche, le mot “Québécois” est devenu, dans la langue populaire, synonyme de “Canadien français”.

On dira, par exemple: “Dans ma classe, il y a autant d’Arabes et de Haïtiens que de Québécois.” Ou alors, parlant d’un Juif pourtant né au Québec: “Il a épousé une Québécoise.” Souvenez-vous de René Lévesque, alors qu’il annonçait la nomination de Robert Boyd à la tête d’Hydro-Québec: avec un clin d’oeil, il soulignait que M. Boyd était “un bon Québécois” (sous-entendu: malgré son patronyme écossais).
La Presse, 25 novembre 2006

On pourra blâmer un certain discours au Québec qui fait qu’on utilise, à tort à mon avis, une série d’étiquettes pour diviser “en plus Québécois” (Québécois de souche) et en “moins Québécois” (Néo-Québécois, Québécois allophone, etc.) tous ceux qui en bout de ligne sont des “Québécois” qui se valent autant les uns que les autres. Je crois que l’ensemble de la société québécoise est responsable de ce discours pernicieux. D’autant plus qu’on ne sait même pas ce que certaines de ces étiquettes veulent dire. Cela prend combien de temps à un “Néo-Québécois” pour devenir une “vieille souche” ? On est une “vieille souche” si on fait remonter nos ancêtres à la Nouvelle-France ? Après c’est trop tard ?

L’un dans l’autre, la motion approuvée hier par tous les partis me semble une régression qui enferme la nation québécoise dans une définition ethnique des Québécois. Il faudra aux souverainistes un peu plus de sens critique et obliger les autres partis à définir ce qu’ils entendent. Selon moi, ils devraient commencer par féliciter Michael Chong pour son honnêteté.